Quelques mixtapes alléchantes des dernières années (2011-2013)

21 avr

   2011 est une année décisive pour le rap français, qui devient alors à peu près ce qu’il est aujourd’hui, caché derrière le succès commercial des veinards d’1double9five. Depuis cette année-là, de gros crews ont émergé, comme autant de petites chapelles, et avec eux ont débarqué les bons gros albums collaboratifs : dans le hardcore (cf les succès du Gouffre et de Swift Guad avec leurs tapes Marche arrière et Narvalow), comme dans l’animal (cf Absence de veine dans un monde sans gain d’Oster Lapwass, également bien vendu), chez les stylistes algorithmiques comme chez les conscients tradi.

   Ce qui caractérise ce rap actuel est un amour des prods à samples, pas trop énervées, boom-bap et très répétitives, parfois qualifiées d’ « old school », un débit de flow très rapide et un véritable blocage sur les séries d’assonances (exemple : a-é-i-on, capte mes visions, chasse les bisons, crame ces pilons etc.).

   En effet, tous les emcees (Nekfeu le premier, qui abuse de sa facilité à regrouper les voyelles) semblent s’être mis d’accord pour allonger les rimes jusqu’à leur ménager l’ensemble de la phase. Pour faire évoluer le texte, il suffit de faire varier les voyelles progressivement en rallongeant la série de l’intérieur (exemple : « Des putes qui friment, du shit, des clopes en duty free, des cocktails de fouleks camouflées dans des bouteilles de multi-fruits » Hugo), de faire une transition en passant par l’allitération (exemple : faire rimer « ovni » et « av’nue »), d’alterner les séries…

   Du coup, les sonorités prennent vraiment les rênes, depuis ce début de décennie, après le passage intermédiaire des métaphores, omniprésentes dans le rap de la fin des années 2000. Et avec ce style plus ou moins unifié se relance l’émulation des 90’s et les mixtapes : le rap actuel excelle, fourmille de projets, est aussi vivace qu’une forêt à peine défrichée, qui repousse en formes improbables dès qu’on la pique. Rompant l’élan lyrique, voici une liste chronologique des mixtapes qui sont et qui font le rap aujourd’hui.


L’Affaire Vol. 1 (2011)

    Posse (crew élargi, comme Time Bomb en son temps) imposant du Hip Hop actuel, regroupant les crews BPM (Mothas, Black Sam et Bhati) et Naïad (Tonio MC et Nostal) ainsi que des emcees parisiens (Walter, Lomepal…) ou non (Youssef et l’Essayiste aka Poyo MC), l’Affaire est une concentration de talents, et sa mixtape unique a été trop vite oubliée. Cet album est pourtant l’un des solides piliers du rap de maintenant, modèle pour de nombreux flows. Les instrus sont des faces B classiques à l’ancienne, ce qui explique aussi peut être la mauvaise presse qui a parfois entouré cet album, trop vite amalgamé aux fake ricains d’1995.


 Petits meurtres entre amis (2011)

    Walter, MC parisien du crew Artisans du Mic (avec MoaxLemdiSmoof) à l’écriture aussi précise et ordonnée (ses phases sont bâties sur des algorithmes, comme celles de Lomepal, de Kéroué…) que vivante, sort son premier album « with friends », entouré de grosses pointures : sont présents ses amis d’Artisans du Mic, mais aussi Nino IceSkyleNekfeu et Alpha WannKéroué et Vidji… Les prods originales sont pour la plupart l’œuvre de Walter, beatmaker talentueux à l’occasion. Le style est impeccable, et, remarquable pour l’époque, certains thèmes sont vraiment bien exploités.


Mine Street sessions (vol. 1 et 2) (2012)

    Ces sessions orchestrées par le beatmaker parisien Jim se positionnent dans le lignage des tapes héroïques dirigées par Kheops (Sad Hill) ou White & Spirit (Ma 6-T va crack-er), aménageant un lit instrumental douillet pour chacun des emcees réunis. Ces deux mixtapes s’opposent d’une certaine manière au Hip Hop de la décennie : les emcees, à la lucidité aigüe, ont un propos conscient et concret à faire passer, ce qui suppose une approche plus romantique du rap, qui n’existe plus à ce niveau de classe que chez quelques-uns. Le disque est donc surtout construit autour de thèmes chers aux emcees (Le Bon NobFonzieMB Serval, Bhati de BPM, et Youssef, Dared, L’Essayiste et Stentor de l’ARK), comme la mentalité babylonite, le métro, l’éducation, le racisme, la solitude…

 


22H-06H (2012)

    Walter revient l’année suivante avec un album qui ouvre bien plus largement ses bras à la communauté Hip Hop puisqu’on y trouve à peu près tout le monde, jusqu’outre-Ardennes : sont présents les crews BPMNaïadArtisans du Mic et Fixpen SillLomepalCaballeroNino IceYoussefGeorgioAlpha WannDoum’s… Les prods sont tout aussi diverses : DJ Lo d’1995, DJ Lumi de Val Mobb Industries, Goomar… Le tout laisse un bon nombre de classiques instantanés, plus matures que les tracks de la première tape de l’Affaire, excellentes mais produites de manière fébrile et pas assez léchée…


Dans mes veines (2013)

    Le beatmaker lyonnais Vax1 réunit après une track qu’il kicke lui-même des emcees lyonnais peu connus et des pointures d’horizons très variés (YoshiGaïdenArkansonLe Bon NobHippocampe FouAnton Serra…) attirés par ses prods funky et progressives. Comme Jim, cet artiste talentueux installe un univers pour chaque MC, dans lequel celui-ci se sent aussi à l’aise qu’un bonobo dans une réserve naturelle. Le skeud est donc varié dans son homogénéité, réunissant raps conscient, poétique, romantique, psychologique, algorithmique, humoristique, quasi-hardcore parfois…

-Record Store Day-

20 avr

Hier avait lieu la journée des disquaires pour la septième année consécutive. Aujourd’hui on vous en dit un peu plus sur cet évènement qui prend un peu plus d’ampleur d’années en années.

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 Ce concept nous vient des États-Unis, pensé par Michael Kurtz et Chris Brown fin 2007 et inspiré du Free Comic Book Day qui a pour but de promouvoir les comics. Il est ensuite lancé l’année suivante dans plus de 700 boutiques. Avec la participation canadienne, environ un millier de boutiques suivent le projet en 2010 en Amérique. En Europe le projet apparait en 2009 avec 250 magasins et en 2011 seulement pour la France. C’est alors une centaine de boutiques qui prennent part à l’opération avec l’aide d’artistes comme Charlotte Gainsbourg ou Benjamin Biolay et des labels comme EMI ou Because Music pour ne citer qu’eux.

Cet évènement, aujourd’hui international, a lieu le troisième samedi du mois d’Avril et a pour objectif de promouvoir les disquaires qui sont malheureusement en perte de vitesse depuis l’arrivée du tout numérique. Le disque vinyle revient toutefois à la mode dans les clubs et les bars.

Cette année on pouvait trouver en France pas moins de 296 sorties exclusives éparpillées dans 238 disquaires indépendants. Une cinquantaine de concerts étaient organisées parallèlement autant de jour que de nuit, notamment pour le Disquaire Night instauré seulement dans l’Hexagone.

Il fallait être chanceux hier pour trouver le vinyle de ses rêves car personne ne sait exactement à l’avance où vont se trouver les disques inédits. On pouvait cette année retrouver plusieurs générations d’artistes, entre AC/DC, Johnny Cash, Kings of Leon, Nirvana, Outkast et London Grammar, Metronomy, MGMT, Ed Banger, Siriusmo ou encore Tyler the Creator. Vous l’aurez compris, c’est l’occasion de redécouvrir des artistes bien connus du grand public et de découvrir des artistes un peu plus jeunes autour de cette institution qu’est le vinyle.

Dans un monde le cinquième art n’est devenu qu’un objet industriel à part entière, on ne peut que vous encourager d’aller faire un tour chez un disquaire pour redonner à la musique son caractère d’origine.

- Phoniks -

19 avr

Phoniks

Aujourd’hui, passons en revu le travail de Phoniks. Ce jeunot venant tout droit de la ville de Portland aux Etats-Unis qui nous fait revisiter les plus grandes perles du rap US.

Marre des reprises qui dénaturent les originales ?

Phoniks lui a compris la recette.

L’originale par ici => C.R.E.A.M

Producteur de hip hop, Phoniks maitrise l’art du boom-chack des 90′s, des sons influencés jazz/soul comme nous apprécions particulièrement chez UMR.

L’originale par ici => Feelin’ It

Non seulement il nous fait écouter nos classiques d’une nouvelle manière tout aussi appréciable, mais il produit aussi des pépites accompagné de ‘emcees’ comme Awon, Dephlow ou encore Anti-Lilly .

Ou comment trouver du hip hop signé old school avec un touche de modernité. On retiendra des reprises de Notorious B.I.G, A Tribe Called Quest, Mos Def, Wu Tang Clan ou encore Jay Z.

Trouvez le sur:

Soundcloud

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En bonus, d’autres reprises à la hauteur de son talent.

L’originale par ici => Travellin’ Man

L’originale par ici => Party N Bullshit

Ladies first – Hip hop playlist vol 1 #19

17 avr

Aujourd’hui, c’est une playlist Hip hop un peu particulière que l’on vous propose. On fait tomber les clichés en vous offrant ce florilège de titres d’artistes féminins. Si le Rap a souvent été décrit comme un univers mysogine, ces quelques pépites prouvent que les femmes ont amplement leur place, entre flows déconcertants et énergie débordante.

 

Alors, qui a dit que les femmes ne savaient pas rapper?

 

Green Gold Black #3 -Kanka- l’écho français du dub

16 avr

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Aujourd’hui de nombreux styles musicaux se revendiquent descendant de près ou de loin du dub, comme la dubstep, la steppa, le ragga jungle, la dubwise, ou le drum & bass, entre autres.
Le dub nait en Jamaïque en 1967 par erreur de gravage d’un disc test (dub plate, à l’origine d’ailleurs du nom du style musical) du label Treasure Isle de Duke Reid passé en sound system et traité par King Tubby, considéré comme le père fondateur du Dub. plus tard la musique s’exportera particulièrement  à Londres et évoluera rapidement vers de la musique entièrement électronique, moins coûteuse à l’époque que d’enregistrer un groupe complet.

Mais revenons à Alexis Langlois, aka Kanka. Né en 1977 en Normandie, il s’intéresse d’abords principalement à la rythmique et à la basse, et intègre à 20 ans le groupe de reggae rouennais King Riddim en percussioniste et batteur où il enregistrera ses première partitions sur l’album "La Jungle" parru  en 2000.

Avide de travailler sur ses propres projets, il démarre une carrière solo lancée par son première album "Every night’s dub", auto-produit, très peu distribué, et pourtant d’une maturité à lui ouvrir des portes plus rapidement que prévu. Les inspirations son clairement jamaïcaines à travers des artistes portés par la vague londonienne du style, comme Iration Steppa, Jah WarriorLove Grocers, assez éloignées de l’éléctro dub allemand. Il y fera notament une collaboration avec MC Olivia (du blackboard sound system).

De son premier album:

Kanka accède alors à des petites scènes et même à la compilation "I Dub You"  où il commence alors à se faire connaitre, et bien plus, il est repéré par le label parisien Hammerbass records qui s’applique alors à diffuser la musique d’inspiration dub en pleine effervescence.

Ça méthode, dit-il, est toujours la même : " Pour moi dans le dub, c’est la basse qui fait tout le morceau ". Il commence alors à travailler à plein temps en studio où il compose en partant souvent d’un couple/batterie basse, et en ajoutant parfois des éléments mélodieux et des contre-temps, principalement des cuivres et mélodicas, donnant à son oeuvre la marque immanquable de la tradition reggae jamaïcaine.
Il côtoit lors de féstivals des artistes comme Lee scratch Perry et Mad professor (des vrais pointures) et des groupes comme le Peuple de l’Herbe.

En 2005, Kanka sors un nouvel album, "don’t stop dub", sous le label Hammerbass, aux influences électro plus marquées : le rythme s’accélère, les basses s’imposent et les percusions déferlent. Mais ils ne rompt pas pour autant, loin de là même, avec la culture dub jamaïco-londonienne, mêlant toujours à ses sons sirènes, cuivres et gros skanks bien lourds. Le mélange est une totale réussite, on note d’ailleurs une première pour lui, il pose sa voie sur " Revolution" et "conquest" en collaboration avec Brother Culture. Il enregistre par ailleurs de nouveau avec MC Oliva le titre "Riddim".

Les festivals et scènes s’enchainent, l’artiste de nature timide (il l’avoue lui même) prend la vague et donne à ses lives plus d’intensité en prenant sur scène bassiste, chanteur, guitariste. Il rencontre ses ainés et prend du recul, dit-il,  pour mieux s’attaquer à son troisième album, "Alert".
A sa sortie en 2006 (a peine un an plus tard !), l’évolution constatée entre ses deux premiers albums est concrétisée : les bases stepper sont renforcées, des mélodies transes parcourent certains morceaux, les basses crachent plus que jamais, on retrouve presque un style apocalyptique dans le mastering et les sirènes criardes. Et fidèle, l’homme ne lâche pourtant pas ses racines, puisque la part reggae est introduite sans aucun problème et donne une atmosphère à l’album toute particulière. Le style de Kanka s’affirme.

Les alentours de 2010 marquent un tournant pour Kanka, qui débute (après ses quatrième et cinquièmes albums "sub.mersion" (2009) et "Dub communication" (2011) ) un nouveau projet plus tourné vers la dubstep sous le nom de Alek6 un an plus tard. L’artiste est à son appogée sous les deux pseudonyme, l’un renforçant  le style Kanka déjà connu et apprécié alors que l’abum "Inside" dévoile un autre aspect d’Alexis. " j’avais besoin après trois albums stepa et quelque vinyles de faire quelque chose d’un peu différent [...]. C’est la partie obscure vue que c’est moins passe partout, c’est plus personnel". Il est aussi question pour lui de prendre du recul sur Kanka et repartir sur "des bases fraîches".
On oubliera pas parallèlement de parler de l’énorme feat avec le français Bigga Ranx* et du son "Anesthesia", pure style Kanka très apprécié, sur l’album sub.mersion.

Et de son album "Dub Communication"

Glissant sur la vague de la dub anglo-jamaïcaine, Il aura dévoilé tout son talent en allant chercher des inspirations diverses tout en gardant un son presque roots, faisant retentir un son dub français des plus appréciable. Et un album en marche pour 2014 !

"Un message à faire passer : le son pour le son. J’entends par là que trop de groupes réfléchissent en terme de concept, d’image, d’originalité…, ce qui se fait souvent au détriment de la qualité musicale. Il est beaucoup plus difficile de faire de la bonne musique que de la musique originale…"

-Peace-


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